J’ai avalé mon histoire comme j’ai mangé la tienne, Poète, Sculpteur ou Peintre d’éternité au présent… Quel repas, dis-tu, avons-nous partagé ? À quand, et avec qui , le prochain ? On verra... On lira ... | Marie-Thérèse PEYRIN - Janvier 2015

ETATS DES YEUX | Automne | Temps 1

ETATS DES YEUX | Novembre 2023 | Ajustements d'images | LES HEURES PLEINES | Semaine 46

 

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Alors que la guerre gronde pas très loin de leurs maisons, les enfants et les poètes ont bien le droit d’imaginer que les chars seront un jour aussi malléables que de la pâte à modeler… de la pâte à remodeler un monde où régnerait enfin la paix ! Un pied de nez poétique à la guerre et les traductions dans 24 langues, signées par 24 poètes des quatre coins du monde

 

Semaine 46- Année XXIII -  Mercredi 15 Novembre

COMMENT FAIRE LA PAIX ? 

L'enfant du mercredi découvre ce livre que j'avais repéré dans une discussion, et qui était chaleureusement recommandé.  J'ai collectionné déjà pas mal d'albums jeunesse aux éditions RUE DU MONDE pour nos ateliers d'écriture  ( d'ailleurs je mélange toujours les livres  destinés aux enfants avec les ouvrages pour ados ou adultes  en poésie). Celui-ci a tenu sa promesse. Un simple poème écrit par un poéte très connu dans les classes primaires Francis COMBES et malicieusement illustré par Bruno HEITZ.  Le sujet est brûlant : COMMENT FAIRE  LA PAIX ?   L'enfant a assimilé la méthode sans hésitation.  Ramollir un tank par des caresses et lui clouer le bec avec un bon noeud sur  son long nez.  On en rêve n'est-ce pas ?  Il a recopié le poème sur le petit cahier rouge  (c'est pour s'exercer à écrire plus petit et harmonieusement en prenant son temps). Il l'a lu à haute voix pour le savourer et je l'ai enregistré. Un bon moment paisible et enjoué !

ECOLIER EN NOVEMBRE 2
Semaine 46- Année XXIII -  Jeudi 16 Novembre

Un écolier en automne. Il devance son grand-père qui l'accompagne à bicyclette chaque jeudi matin jusqu'à son école (600 mètres). Petit à petit l'autonomie s'apprend. S'entraîner à marcher seul dans la ville pour se préparer au collège dans deux ans. On s'y prend petit à petit. Là il est encore sur le chemin dans la résidence, je le surveille du balcon. Il n'est pas encore un écolier avec la clé au cou. C'est un cap qui fait un peu peur aux adultes. Lui prend plaisir à montrer qu'il a des réserves d'assurance, il est fier de porter son lourd cartable qu'il surcharge délibérément. Hier il y a engrangé ses cartes Minecraft, qu'il appelle puzzles, il venait de les trier et il a calculé le nombre de pages qu'il faut pour chaque série dans son album plastifié... Sa patience est immense, inversement proportionnelle à celle qu'il montre pour expédier les devoirs qui lui semblent répétitifs. Sinbad le Marin, ras la casquette... On insiste pourtant pour qu'il assimile bien les bases de la lecture , de l'orthographe et du calcul. Apprendre l'anglais et l'allemand lui plaît mais il préfère le faire à l'école. Il vient de découvrir le dictionnaire Larousse que sa mère a rapporté d'une boîte à livres... Il le lit tous les soirs et il va voir les noms propres... Cela lui donne des idées pour se mêler aux conversations des grands, il a découvert Trotski... Lénine et Marx... C'est là que ça commence à devenir intéressant... Il veut savoir... alors, let's go , mais mollo... Il y a du boulot encore pour..., disais-je... les bases...

 

Tout cela me distrait des soucis que nous procure l'état de santé d'une personne proche. Elle, dont je voudrais faire un jour le portrait. Une femme généreuse et simple.

 

Ce soir  débondage de l'angoisse dans une soirée organisée au Rize de Villeurbanne.  Notre grande fille chante et danse dans la Fanfare des Pavés. Un moment de liesse entre femmes superbement colorées invitées pour le vernissage d'une magnifique exposition féministe . J'en parlerai plus tard, c'est à voir absolument ! 

 

 


ETATS DES YEUX | Décembre 2023 | Ajustements d'images | LES HEURES PLEINES | Semaine 50

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Marie Ange SEBASTI par Angèle PAOLI 001

Marie-Ange SEBASTI  1945 -2022

 

 

                NAVIRE

 

Les rêves rêvaient les vagues

et les vagues noyaient les rêves

 

La Haute mer ne sait pas rire

 

Il nous filait chaque noeud

pour rattraper le vent

mais chaque noeud 

laissait filer le vent

 

La haute mer s'est adjugé

tous nos pays familiers

 

Il ne s'agit pas d'en pleurer

 

 

Marie-Ange SEBASTI , Comme un chant vers le seuil,

Maison  Rhodanienne de Poésie, 1970, page 24

 

 


Semaine 50 Année XXIII -  Mercredi  13 Décembre 

Trois semaines de silence sur cette Entame des jours. Ce n'est pas pour rien. Trop de choses à dire ou à taire et la conviction d'avoir mieux à faire que de palabrer dans la tourmente de l'actualité. Gaza... les otages israéliens sacrifié.e.s ... l'Ukraine, l'Afghanistan... le Yémen... en obsessions de colère : cette omniprésence ruineuse hégémonique des armes, des détresses vendues en images et en bavardages qui n'arrêtent rien et font sans doute empirer les situations. Sauve qui peut de loin ça rend honteux. Et l'hiver qui s'est installé ici en ville avec ces réfugiés et ces miséreux à la rue, sous des tentes insalubres que la bonne société assimile à cette migrance dont on ne veut plus et dont on débat sans complexes à l'assemblée devant des députés qui annoncent la couleur et la laideur des ambitions. L'humanité va mal et la France est un radeau de la Méduse où les intérêts privés priment sur la solidarité, l'ouverture d'esprit et la liberté de circulation sur la planète. Les peuples migrants soumis et sous payés sont intégrables, ceux qui viennent  seulement chercher asile, protection sociale, soins modernes et pitance ne sont pas assimilables malgré la multiplicité des contre-exemples. Instrumentalisés, ostracisés, enfermés, relégués aux marges de nos privilèges les peuples déplacés sont le symptôme de la haine et l'injustice érigées en systèmes à circuit fermé. La binarité simplette in / off fonctionne à plein régime. Les systèmes socio-religieux reprennent du pouvoir sous la menace pour aveugler les consciences et les ramener à leur cause d'essence économique ( capter le pognon) . Les dieux sont convoqués pour expliquer ou renforcer la pagaille et pas mal de monde tombe dans le panneau. Le XXIeme siècle et son retour de factions spirituelles abusives se nourrit aussi d'angoisses environnementales. Les gens discrets et mesurés sont inaudibles, les intelligences sont morcelées et la loi du plus violent actionne le gouvernail des destins pêle-mêle. Rester debout et intègre dans cette coulée de boue brûlante relève du défi et certains le relèvent courageusement. A ma toute petite échelle, j'ai l'impression de résister avec peu de moyens. J'écarquille les yeux pour voir venir le danger et m'attends à tout comme à rien. Je remonte le temps avec l'écriture et l'écoute des expériences, la poésie me sert de petits bagages de main pour donner un peu de recul à mes constatations.  Je les abandonne lorsqu'ils exagèrent, eux aussi.  Il y en a partout sur les routes de l'exil, et porter ceux des autres n'est pas complètement idiot. 

Les mots des poèmes sont à tout le monde.

 

Je prépare depuis un an une maquette de livre collectif d'hommages à notre amie Marie-Ange SEBASTI  et j'y ai travaillé avec patience et acharnement. J'espère le présenter au plus tard en Janvier 2024.

 

De son côté son éditeur  Jacques ANDRE qui a quitté  Lyon est en train de sortir un volume, réalisé "avec un groupe de lecteurs fidèles" (sic), réunissant les livres déjà publiés et des inédits posthumes généreusement confiés par son mari Yves CALVET malgré le deuil douloureux.

Cela s'est fait indépendamment de la démarche de notre association qui aurait pu être mieux associée à cette initiative, mais cette oeuvre a attiré des convoitises qui ont clivé les démarches lesquelles auraient pu être synchronisées. Ainsi va la poésie dans ses incarnations déroutantes.

L'important à présent est que l'oeuvre circule et qu'elle soit visitée plus largement au delà du cercle Lyonnais.

Affaire à suivre...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


ETATS DES YEUX | Novembre 2023 | Ajustements d'images | LES HEURES PLEINES | Semaine 47

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Automne étoilé sous l'arbre consentant
Semaine 47 Année XXIII -  Vendredi 24 Novembre

 

L'écriture n'est pas facile en ce moment. Elle est engluée dans tout ce qui traverse l'esprit, autant dans des registres privés que publics. Raconter n'est pas nécessaire, commenter non plus. Je cherche une brèche dans le magma pour ressortir à l'air libre, respirer un peu mieux dans mon quotidien qui n'a pourtant rien de menacé, ni de complètement désespéré. Je pense tous les jours à une femme très malade et aux otages de Gaza, à tout ce qui parle de violence et d'incurie face à la destruction endémique. Il me faut parler à nouveau de la tristesse en lui donnant des partenaires immatériels. Je les cherche et je les trouve dans la littérature et sur certains réseaux toujours trop bavards.  Je suis entourée de livres très nourrissants, je suis en contact avec des personnes délicieuses ou simplement sympathiques. Je ne sors pas beaucoup. Hier pourtant , j'ai croisé un arbre et son feu de feuilles couché tout en rond de couronne à son pied. C'est une image d'automne qui m'a redonné du courage. Le courage de continuer à voir et à entendre "pour ne pas mourir" , comme le décrit si bien l'ami Patrick DUBOST. C'est une lutte de chaque minute plus ou moins indolore qui empêche de laisser cours à la déréliction ambiante. Rester debout et dans l'accueil, sans excès ni pingrerie face à ce qui s'offre. Ne sachant pas comment m'y prendre, je fais comme si je le savais...  En lisant des poèmes d'Hélène DORION dans Mes forêts ou des textes poétiques de Milène TOURNIER accompagnant de magnifiques photos en noir et blanc dans le livre intitulé Puisque chacun pourra partir chacun pourra rester. Le ton et la profondeur me paraissent justes et de circonstance. Tous les univers sont accessibles avec les mots. Et c'est cela le miracle !

 

Lecture audio intimiste d'un poème d'Hélène DORION

dans Mes Forêts

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ETATS DES YEUX | Novembre 2023 | Ajustements d'images | LES HEURES PLEINES | Semaine 45

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JOURNAL D'AUTOMNE  

Texte & Une photo par jour

 

 

Semaine 45- Année XXIII -  Lundi 6 Novembre

 

Elle veut entrer sous ma manche de pull, elle ne sait qu'avancer et voler. Pour l'instant , elle choisit  d'explorer la surface que je lui propose, un post-it bleu pour la ramasser sur la baie vitrée, puis un verre assez grand pourqu'elle puisse continuer sa gymnastique d'hamster. Je sais qu'elle va s'affoler et je préfère la laisser se reposer un peu. Elle a eu du mal à ranger ses ailes. J'ai cru d'abord qu'elle était blessée.  Ce doit être une vieille coccinelle me dit mon frangin avec qui je parle au téléphone.  Je n'arrive pas à compter les points. J'ai plaisir à sa présence inopinée. C'est un signe sympathique.  Mon frangin me demandait à ce moment là si j'avais rencontré des esprits dans le grenier de la maison parentale. J'ai dû le décevoir en disant que j'aimais bien mes fantômes plutôt bienveillants et souriants. Je ne suis pas  superstitieuse mais plutôt  imaginative.  J'aime bien l'idée de réincarnation mais sans tout le cirque des karmas. Juste la possibilité d'un échange standard  instantané entre un être disparu et une vieille coccinelle en vadrouille. Celle -ci n'a pas de boussole, elle ne sait pas où elle est et je pense à sa place. Au moment où je voulais lui rendre sa liberté je ne l'avais pas encore photographiée. Je m'y suis reprise à cinq fois.  Le cliché ci-dessus est le plus net de tous. Elle a posé involontairement pour moi.  J'ai envoyé le selfie de la demoiselle au frérot. Il me l'a échangé contre celui d' un raton-laveur sur sa grosse branche. Je pense soudainement que parler des animaux nous change les idées même si leurs comportements démontrent les effets du réchauffement climatique et de la concurrence pour l'occupation dans les biotopes . Un loup qui attaque des moutons très près des maisons, un ours brun qui veut entrer dans la cabane d'explorateurs qui ont oublié que la térébenthine qu'ils utilisent a la même odeur attirante que la résine d'arbres contre lesquels ils se frottent...,des ratons-laveurs et des blaireaux qui se rapprochent de plus en plus des habitations .  C'est par la photographie qu'on observe tous ces changements et c'est un bon sujet de discussion. On parle matériel et expositions.On parle tracasseries santé et perspectives chirurgicales. Nous savoir dans la même classe d'âge et dans la nasse des séniors... nous fait sourire  (encore...).

 

Semaine 45- Année XXIII -  Mercredi 8 Novembre

Grand plaisir à revoir ses films  "sans toit ni loi"  et  "l'une chante l'autre pas" dans le cycle Agnès Varda diffusé sur ARTE. Ramenée à mes vingt ans  pour le premier et à tous les questionnements de ma génération de femmes en lutte pour leur émancipation dans le second. Le parcours d'Agnès Varda est passionnant, il allie l'intelligence et le courage des idées, il fait fi des conventions et traverse les turbulences avec humour et gravité. Elle me fait penser à  Marguerite Duras dans son côté pionnière et iconoclaste. "Madame Agnès Patate" est une militante rigolote qui sait parler aux gens simples et les filme admirablement.  Je n'ai pas fini d'explorer les oeuvres de ces deux femmes -phares.

 

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Aujourd'hui c'est le jour de l'enfant du mercredi. Il est de très bonne humeur et nos conversations sont enjouées. Il a appris le massage cardiaque et la mise en position latérale de sécurité chez les pompiers dans leur Caserne Musée (?) du 9°. Il nous en fait la démonstration... C'est sérieux et drôle. J'en profite pour inclure l'expérience dans la dictée improvisée sensée lui faire réviser la conjugaison des verbes "être" et "avoir" au présent... et pour lui faire imaginer la suite d'une phrase commençant par  "Je suis un garçon plutôt... "en énumérant tous les pronoms , l'exercice lui plaît . Le graphisme est impec. sur le cahier rouge du mercredi.  Il s'applique... "avoir et être" ne lui posent pas de problème. Il retourne à ses lectures à ses impros de jeune pianiste débutant très jazzy ,et à ses collections de cartes Minecraft et Pokémon qu'il trouve sous un couple de poulailler chaque semaine dans un petit panier à l'entrée.  C'était un rite du Tonton Jean ( mon oncle paternel décédé en 2019) que nous trouvions sympa , il y mettait des oeufs kinder pour les enfants de son village en visite, j'ai repris l'idée et l'ai fait évoluer. L'enfant  a fait son heure de switch réglementaire en début d'après-midi, le soir il a réclamé de la soupe et des tagliatelles... On a  parlé  un bon moment du harcèlement scolaire, de l'émission que j'ai vue hier, il m'explique qu'il se défend et qu'il sait de quoi il s'agit. Il est content à l'idée qu'il y ait une journée consacrée à ce thème à l'école. Le Ministre de l'Education Nationale sera content, il a déjà un convaincu initié sur la question. Sûr de lui et ayant réfléchi depuis longtemps à ces problèmes de cour de récréation. Pour lui, ce qui se passe est gérable mais il sait que ce sera plus difficile au collège... Son raisonnement est serein. Il a grandi. C'est un bonheur de le voir prendre son envol dans des conditions de paix et protégé par les adultes. Le regardant, je pense sans le dire aux autres enfants moins gâtés et chanceux.

 

 

 

 

 

 


ETATS DES YEUX | Novembre 2023 | Ajustements d'images | LES HEURES PLEINES | Semaine 44

 

CIEL NOVEMBRE 1

le ciel sans dessus dessous

JOURNAL D'AUTOMNE  

Texte & Une photo par jour

 

 

Semaine 44- Année XXIII -  Vendredi  3 Novembre

 

Cernée par les cauchemars qui répliquent le cauchemar de la réalité guerrière, je reste immergée dans des lectures qui me ramènent invariablement, et elles aussi,  à l'idée de la mort. Je m'étonne en permanence que la vie puisse facilement continuer autour de moi, plutôt assourdie, car je ne me promène plus en ville, peut-être de peur d'y trouver  dans les yeux des gens, les stigmates de ma propre inquiétude. C'est une ambiance que je connais déjà, depuis les premiers attentats, et à chaque fois que se déclenche un conflit entre pays ou partisanneries de tout acabit. La haine me fait peur qu'elle soit larvée ou manifeste. Cela n'a rien d'exceptionnel. Ecrire est insuffisant pour en juguler le maléfice.

Lire le dernier livre de Pascal QUIGNARD, Les heures heureuses, ne m'a pas sortie de cette coulée de pessimisme, il dissèque une fois de plus cette hantise de la mort qui fait commettre des folies depuis les débuts de la vie terrestre, dont il dit qu'elle ne représente que 30% de la planète, les pourcentages restants représentant la masse océanique avec ses abysses insondables et fascinants. Il dit aussi que le temps devient l'espace dès qu'on se place face à la mer des origines et devant notre passé de poissons.

Joël CLERGET ne fait que renforcer l'idée en faisant allusion à la vie placentaire, dans son livre Devenir soi avec les autres, mais il laisse un espoir en misant sur la capacité à contenir l'insécurité du nouveau né par le toucher et la parole humanisante, qui à son tour la transmettra. C'est à se demander si ce n'est pas la première raison à l'état désastreux du monde: une faillite  gigantesque à prendre soin de l'autre et de soi par solidarité vitale.

La poésie ne m'apporte pas de vrai réconfort ces jours-ci, elle est trop éloignée de ce que je ressens moralement et physiquement à l'écoute des tragédies qui me rappellent celles dont j'entends parler depuis l'enfance. "Si tu veux la paix , prépare la guerre" répétait bêtement le père pour faire cesser le flot d'objections infantiles... Ou, lorsqu'on refusait de montrer une blessure honteuse ramenée des jeux d'extérieur, " Ne t'inquiète pas, on a déjà vu les horreurs de la guerre"... De quoi parlait-il exactement, lui qui ne l'avait pas faite, et seulement son service militaire dans la ville où je suis née, où il avait contracté de l'asthme, qu'il m'a transmis... Probablement auxs moment où il devait monter la garde dans l'obscurité, près d'un bâtiment militaire planté dans la garrigue... On ne peut pas tellement se défendre avec un fusil déchargé, et deux balles dans une boîte quelque part dans la nuit... Il était question d'un mot de passe qu'il lui fallait connaître par coeur sans l'écrire pour le rejoindre et prendre son tour de veille... Il en parlait en riant, ne se doutant pas que ses propos ne démontraient que sa trouille rétrospective et sa virilité mal incarnée. Notre mère était plus cash sur les récits de guerre, elle l'avait vécue différemment car moins protégée par sa famille. Elle avait en horreur les armes à feu et nous a couvé.e.s sans nous épargner ses angoisses et ses superstitions.  Tous ces récits me reviennent en boucle tous ces jours...

Le livre de Valérie ROUZEAU magnifiquement accompagné des oeuvres de Florent CHOPIN raconte en très résumé, la vie de Nina SIMONE, pianiste et chanteuse d'origine américaine et nous invite à réécouter ses beaux titres dans la transmission du "blues" ...

Difficile de ne pas se sentir concernée par ces mélodies qui luttent contre le racisme, la misère et la ségrégation des peuples descendants d'esclaves... et ces textes qui cherchent eux aussi désespérément l'amour... grâce à la musique...

Papa, can you hear me | Nina Simone

 

Et l'Aria peu à peu varia

De plus en plus noire se fit la voix

 

A la little Girl Blue du matin

Devenue  A Single Woman au soir

Ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre

 

 

Semaine 44- Année XXIII -  Samedi  4 Novembre

 

ST EX NOV 23prendre de la hauteur

 

Les petites combines publicitaires pour éloigner les idées noires me semblent vouées à disparaître comme les bulles dans l'eau gazeuse à l'air libre. Plus j'écoute parler les nouveaux psys ou philosophes sur les réseaux sociaux  et plus je prends conscience de la supercherie de leurs méthodes d'abord gratuites ,puis vite opportunistes et racoleuses. L'inclusion de mots anglais et de tics verbaux dans leur vocabulaire me paraissent tout droit  importés d'Outre Atlantique où la philosophie du prêt -à -panser et du yakafaucon relèvent d'un eugénisme sanitaire qui méconnaît ouvertement les subtilités des mécanismes inconscients de la personne humaine. Il n'est question que de remettre les  travailleurs et les travailleuses déprimées au taf , les étudiant.e.s à leurs études, les enfants et les personnes âgées dans des cases d'attente... en bidouillant leur sérotonine et en les inondant de suggestions de comportements  standardisés... Je comprends mieux la colère et le pamphlet écrit dans la Revue-dard n.7  l'ouroboros à la robe de glace par mon Ami psychiatre Emmanuel VENET. Il m'a autorisé à la signaler, elle est de nature polémique et j'en partage en grand partie le propos. Il s'agit d'une lettre brûlot étayée par une expérience de praticien chevronné et servie par une plume humoristique acérée...  Je salue l'audace mais ne peux m'empêcher de penser que ce type de tribune est réservée à une classe sociale supérieure à la mienne, protégée par son statut de notable. Pour autant, cela encourage à réfléchir à la fois sur les méthodes et sur le fond  des pratiques soignantes à l'ère de la rentabilité numérique... Bientôt l'I.A. s'emparera de notre bien-être mental en déprogrammant nos pensées parasites ou fausses au profit de petites doses audiovisuelles de "kifs" et de listes autodiagnostiques avec échelle de non conformité aux  standards de la sociabilité souhaitable. On a vu venir, cette simplification abusive de la complexité et ce mythe de la transparence des cataclysmes émotionnels voulus réversibles... Aide-toi la machine t'y aidera... Remplis tes questionnaires d'évaluation... Débrouille-toi pour trouver des interlocuteurs humains sur file d'attente... N'aie pas peur... Big Mother is caring you... N'oublie pas d'activer ta CB !

 

 

 

 

 


ETATS DES YEUX | Octobre 2023 | Ajustements d'images | LES HEURES PLEINES | Semaine 43

 

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le sang noir dans le jardin des oliviers...

 

JOURNAL D'AUTOMNE  

Texte & Une photo par jour

 

 

Semaine 43 - Année XXIII -  Dimanche 29 Octobre

Puisque je me sens femme, grand-mère, mère et fille des deux côtés de la faille guerrière, je n'essaierai jamais de tenir d'autre position que celle de la pleureuse qui s'insurge et réclame la fin des folies pour faire entendre la voix de celles qui mettent au monde la vie depuis la nuit des temps. Les armes sont les arguments les plus suicidaires pour tout porteur d'un tant soit peu de raison et de respect à l'égard de l'espèce humaine. Le dire , le lanciner, le répéter ne suffit pas en ces temps démoniaques... Prendre la bande de Gaza et Israël pour des fourmilières à détruire en rasant et éventrant tout à coup de bombardements et de traque d'infanterie fait sans doute le jeu des propagandistes de tout bord pressés de savoir quoi récupérer dans le butin de guerre inique... Ce jeu monstrueux n'a rien à voir avec le désir des mères et des femmes qui supportent toute cette horreur en couvrant leurs enfants de leur corps vulnérable. Tout cela n'est pas une fatalité, la haine est construite par des religions qui prétendent le bien commun en éliminant celles qui ne leur ressemblent pas. L'immense majorité des non croyant-e.s subissent cette dictature du discours fallacieux sur fond de misère et de lutte des factions sans moralité ni limites dans le cynisme. Faire chaque jour le décompte anonyme des morts et des disparitions tient de la roulette russe... Un.e mort.e à moi un.e mort à toi... Et des images macabres sur gravats non identifiables à en vomir sur les écrans... Je ne vois que des Piétas et des visages effarés... Je ne vois que l'anomalie de la haine cultivée comme du poison mortel sur une carte géographique sacrifiée... Une de plus ! Ne pas se résigner...

 


ETATS DES YEUX | Octobre 2023 | Ajustements d'images | LES HEURES PLEINES | Semaine 42

 

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JOURNAL D'AUTOMNE  

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Semaine 41 - Année XXIII -  Samedi 21 Octobre

Les cerveaux débordent d'événements indigestes, et le mien ne fait pas exception. Retrouver un peu de calme et de sérénité face au déluge d'informations médiatiques sur le conflit armé entre Israël et le Hamas est devenu impossible. Contrairement à la période du confinement, j'ai décidé de ne pas vivre collée à l'écran d'ordinateur ou de télé, ou à la radio dans la cuisine. Les informations, parfois contradictoires, toujours partielles mais non partiales sont distillées en boucle dans l'alambic de l'horreur.  A chaque geste ordinaire que j'effectue chez nous ou dans le quartier, je pense aux mêmes gestes  impossibles à faire dans les villes bombardées ou sous protection anti-missiles. Je vois mentalement des visages hagards ou dévastés, des errances et des étreintes désespérées, des gravats, des affolements de groupes de secours, des gestes de supplication et de colère furtifs. La caméra ne fait que survoler la réalité et ne lui parle pas directement, des paroles sont prélevées, elles sont banales et douteuses en raison même de la folie ambiante. On montre quoi ? On montre qui ? La guerre des images devient une mascarade et un mensonge creux. La vérité ne peut être contenue dans des images de presse mal triées  et sur-interprétées. La question des otages est confuse... A chaque nationalité les siens... Le mot "ressortissant" écorche mes oreilles... l'otage comme une marchandise nationalisée et non plus un être humain libre de circuler sur la planète, respectable et parlant. Toutes ces transactions opaques donnent envie de dénoncer l'hypocrisie et la lâcheté des protagonistes. Personne ne "ressortira" indemne de cette folie généralisée. Personne n'oubliera la barbarie et la honte. Je pense à toute cette souffrance et je ne peux la combattre qu'avec l'esprit, sans complaisance envers les bourreaux de tous les clans dans cette loi inique du Talion. "Tu ne tueras point !" Faut-il le tatouer sur chaque front ?  Ma colère en sourdine et celle des victimes incluse au lointain...

 

 

 

 

 

 


ETATS DES YEUX | Octobre 2023 | Ajustements d'images | LES HEURES PLEINES | Semaine 40

 

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JOURNAL D'AUTOMNE  

Texte & Une photo par jour

 

 

Semaine 40 - Année XXIII - Dimanche 1er Octobre

Tu freines ta vie avec cette corde d'écriture que tes paumes tirent de toute force en arrière, pour éviter la désescalade et le découragement. Te revient la chanson de Greame Allwright, la ballade de la désescalade dont tu as su après sa mort qu'elle avait peut-être des raisons bien particulières et inavouables. Toi, fort heureusement, tu ne bois pas, tu ne fumes pas non plus, tu n'aimes pas davantage ces recherches actives d'amnésie et de folie virtuelle que certains jeunes d'aujourd'hui convoitent dans un monde qui leur fait peur, comme à nous. " La fanfaronnade de l'absurdité" résonne tous les jours dans tes oreilles et souvent tes regards passent d'un drame à un autre sans prendre un répit suffisant. Toute la noirceur de la vie des autres se répand comme une encre sur la tienne, mais à chaque fois, tu veux la considérer comme un maudit nuage passager. Tu te leurres bien sûr, sans te rassurer. Mais tu ne veux pas lâcher ta ligne de chance et de lucidité, pour l'instant... C'est la raison pour laquelle tu rédiges ces notes en continu, mais sans souci de régularité. Il ne s'agit pas d'un journal intime. Tu n'écris que sur la peau disparate du monde proche ou reconstitué hâtivement.Tu attends le seuil où les mots se bousculent et tu les tries au tout dernier moment. Tu ne veux surtout pas avoir l'air d'apprendre quelque chose aux autres. Tu restes dans ta guérite de sentinelle pacifique.

Sur les trois jours derniers : l'anniversaire de l'ami cher Charles JULIET, la discrétion que son désormais grand âge réclame ; les échanges de mails amicaux importants pour toi; la teuf des potes pour l'anniversaire de l'enfant dans le parc ensoleillé, leurs jeux, leurs rires, leurs insouciances et cette invention très drôle  du "sacre de Napoléon" avec des "Nerfs", nouveaux jouets guerriers à balles en mousse, leur pose collective de commando en haut du toboggan et leur cavalcade ascensionnelle sur les branches du grand résineux qui les tolère encore, meute d'oiseaux fous prête à l'envol !

La soirée de rentrée de la Revue Verso, rue Bourgelat, ce vendredi, aura été un moment délicieux qui te donne le goût d'en reparler en Poémie Amie dans le cadre de l'association lyonnaise  la Cause des Causeuses. Les lectures t'ont plu et les retrouvailles plus encore. La preuve que l'éloignement prolongé a des vertus subtiles. Laisser le temps au temps et franchir les épreuves séparément... Ne pas se perdre complètement de vue, parvenir à choisir les possibilités de rapprochement sans exagération. Se montrer fidèle. Le plus possible, mais savoir rester libre de mouvement. C'est la clé d'une certaine sérénité et la garantie d'une moindre perte de temps vif.

Au retour de cette bonne soirée, et en salves tranquilles, lectures inspirantes du dernier recueil de Valérie Canat de Chizy, de la première publication de Virginie Delahaie et de l'un des trois livres de Roland Dauxois. Découverte d'un nouvel auteur sympathique et bardé d'humour Thomas Pourchayre.

Tes lectures deviennent à nouveau foisonnantes et passionnantes. Tu les fait défiler entre ta table de chevet et la grosse table en chêne du salon, certaines te font écrire; les notes griffonnées commencent à proliférer autour des livres et de l'ordinateur. Bientôt il va falloir ranger et/ou éliminer... C'est une fièvre que tu connais bien. Tu l'accueilles avec indulgence mais sans encouragement...Tu sens l'emprise et l'addiction des mots, leur double face Janusienne...  

 

Tu as exhumé , un peu par hasard cette note de janvier 2022 que tu replaces ci-dessous. Te tutoyer est un procédé de mise à distance.

 

Aujourd'hui je suis arrivé à creuser un peu sans me dire que ne faisais au juste que déplacer et

recouvrir ailleurs, sur une épaisseur plus grande.

Mais au fond, on arrive toujours à ce fouillis de racines en dessous qu'on ne démêle pas et

qui pompe sans arrêt pour le secret plus enfoncé qu'on ne voit pas.

Il bat; on l'entend parfois vaguement, la tête collée au sol, très loin, les jours sans vent -

ou quand on dort dans l'herbe.

Pour savoir, il faudrait pouvoir pourrir et revenir. Se mêler, s'infiltrer, et revenir.

Autant dire qu'on rêve , là.

 

Antoine EMAZ,

Poème de la terre, Bartavelle, 1986, p. 28

                                     

C'est cette accumulation des récits de vie sur les réseaux sociaux qui rivalise avec les livres. Mais ce n'est pas délétère à mes yeux, j'apprends à prendre la main des autres  dans un registre immatériel qui s'ancre dans le réel et les prélévements que ça suppose pour montrer ce dont il s'agit. Poussière colorée d'un kaléidoscope géant, souvent en noir et blanc. Je ne recule pas encore devant ces crêtes d'océan engloutissant, je reste à distance , une bande de sable suffisante pour voir ce qui se passe de loin, participer a minima au drame ou à l'instant de joie. L'écriture sert d'alibi pour un crime relatif que j'appelle provisoirement empathie ou fascination pour le vivant. Les paysages ne m'intéressent guère , comme si le fait qu'ils puissent contenir des "figures absentes" les rendaient coupables de non assistance à personnes en danger. J'en reparlerai certainement iCi ou un peu autour. Le temps est venu d'écrire en continu.

 

Aujourd'hui tu écris en musique. C'est la voix d'Alain Bashung qui te semble convenir à ton état d'esprit, et sa chanson L'apiculteur.

 

 

Semaine 40 - Année XXIII - Mardi 3 Octobre

Encore une journée saturée de micro-événements générant une multitude de pensées pressées de trouver une niche mentale pour se faire oublier. Il est souvent question d'échanges sur la maladie, la mort et la vieillesse. Ma lecture plutôt véloce et plaisante du roman d'Agnès Desarthe   Le château des rentiers, ne fait qu'enfoncer les clous de mes convictions sur la nécessité de faire un pas de côté par l'humour et l'humilité devant l'inéluctable. C'est tout de suite Léo Ferré qui s'impose, sur l'écran du souvenir, avec ses yeux mouillés et sa voix tremblotante, en fait- il trop ou supporte-t-il le poids de toutes les tragédies humaines ?  Je crois que, oui ! Mais sa conclusion est inexacte. Avec le temps, on aime trop ... et c'est définitif...  "Avec le temps... avec le temps...tout s'en va..."

 

 

Retour des rendez-vous médicaux. Il me faut reprendre l'histoire du genou là où je l'avais laissée. Je suis calme et attentiste, la matinée à parlementer ...

 

Semaine 40 - Année XXIII - Mercredi 4 Octobre

 

Anniv 45 ans nico

Un jour de semaine , un jour ordinaire et pourtant un jour que je dédie à la naissance de notre fils aîné. Il y a 45 ans à 15 h après un travail long et douloureux... L'impression d'être vraiment seule au monde, malgré l'attentive présence de son père, les visites espacées de la sage-femme et celle finale du médecin qui a pratiqué l'incision mutilatoire et l'expulsion au forceps... Un sale quart-d'heure comme on dit idiotement... suivi d'un abyssal soulagement teinté de bonheur inédit.  Une naissance annoncée sans violence selon la préparation Leboyer... Une sidération devant la violence de l'accouchement.Une merveille d'enfant qui n'a pas choisi cette arrivée si tourmentée... Penser à lui me ramène à ce moment de séparation si phénoménal.  Amour absolu, inconditionnel... Un jour d'anniversaire n'est qu'une date inoffensive sur un calendrier. La réalité physique est un peu plus complexe mais on ne garde que l'exploit de la mise au monde et la tendresse devant un visage qui va compter. Précieux présent d'une parole en devenir. Les deux enfants qui suivront auront la même valeur affective à une époque où l'on ne programmait pas les naissances. Une enfant d'automne trois ans plus tard, un enfant d'été six ans après. Juste le temps de remettre le corps en ordre et de préparer leur venue. Une fratrie heureuse. Des parents bien occupés. Une vie familiale ludique et chaleureuse.

 

 

En miroiren miroir...

 

Semaine 40 - Année XXIII - Samedi 7 Octobre

A nouveau la guerre comme nouvelle du jour et sa surenchère de vies dévastées. La paix au Proche-Orient est à nouveau mise en charpie. Israël sournoisement infiltré et bombardé par le Hamas, Populations de la bande de Gaza subissant aussitôt des représailles. La catastrophe humanitaire se répand comme une vilaine tâche d'huile de vidange sur le sol. Des civils au milieu, l'exode improvisée, la propagande réactivée...Comme pour l'Ukraine, la Syrie ou l'Irak, nous voici plus que jamais impliqués moralement dans le spectacle abominable de la destruction orchestrée par la haine et la jouissance morbide qui l'accompagne. Prendre parti serait inadmissible. Des ami.e.s des deux côtés du conflit et la certitude que la responsabilité des actes criminels incombe aux gouvernements  et à leurs alliances coupables. La loi du Talion n'est qu'un prétexte. C'est l'idéologie, la peur légitime mais aussi la convoitise, qui dictent toute cette horreur. La défense et l'attaque comme alternative prise de folie. Les marchands d'armes se lèchent les babines, ça va durer un certain temps, jusqu'à ce qu'un fou de plus ( ce n'est pas une femme) lâche du nucléaire irréversible... Le fanatisme est à nos portes. "On ne peut pas évacuer un patient intubé" se désole un médecin urgentiste ulcéré, coincé dans la bande de Gaza... On fait quoi ? Le drame est annoncé... Comment l'éviter ? 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


ETATS DES YEUX | Septembre 2023 | Ajustements d'images | LES HEURES PLEINES | Semaine 39

JOURNAL D'AUTOMNE  

Texte & Une photo par jour

 

 

Semaine 39- Année XXIII - Lundi 25 Septembre 

 

Timbre La Digoinette 001


"Avoir la tête dénuée de doutes" c'est une phrase relevée sur une image de danse où l'on voit des personnes immobiles de type asiatique, yeux clos, concentrées sur leur gestuelle prête à investir la scène collective de danse. Je comprends qu'il s'agit d'une ascèse, d'une discipline consentie qui demande des années de pratique et sans doute de souffrances intermédiaires dont le doute. La plupart des gens sont incapables de parvenir à cette finalité que j'imagine flottante et aléatoire. L'image dit que c'est possible et elle est harmonieuse, apaisante même. Est-ce que la littérature permet d'accomplir cette ascension vers l'absence (même temporaire) de doute ? Est-ce que le doute finalement n'est pas l'abstention ? Un certain silence intérieur qui force l'extérieur au même silence ? Comme un film invisible, une paroi protectrice insonorisante ? Quand j'écris, j'ai l'impression de tisser cette membrane fragile , elle se déchire facilement... Quand je lis, l'ai l'impression qu'elle s'étend à l'infini et que j'y perds les repères qui jalonnent les certitudes. L'autre doute et fait douter, sauf quand il danse comme un derviche... faisant lever l'air en tourbillon ascensionnel. Jusqu'où le suivre ?

Semaine 39- Année XXIII - Mercredi 27 Septembre 

 

 

Les bons livres affluent dans mon giron. Une brassée plus qu'une poignée... Des livres attirants et un peu invasifs que je tente de calmer dans leur piles éparses et silencieuses. Les nommer ne suffit pas, je vais en parler au fur et à mesure avec des priorités. Ceux qui n'ont pas tenu leurs promesses seront mis de côté sans mépris. Lire quelqu'un.e n'est pas une obligation mais c'est un privilège. Je vois la personne avant tout, et l'effort qui a été consenti pour ce "don de temps" dont parlait Bernard Noël ce grand écrivain qui était aussi poète et un peu visionnaire. Il a inventé la notion de "castration mentale" dont nous pâtissons de plus en plus dans un monde dérégulé et décervelant. Son oeuvre est pour moi poétique, politique et philosophique. Son intelligence sensuelle et sociale a peu d'équivalent parmi nos contemporains. Son oeuvre n'en  finit pas de me toucher. J'ai la nostalgie de sa voix, de ses paroles toujours adossées à l'intériorité confrontée au réel, de sa présence tremblée si incisive, mais en douceur. Ses mails nocturnes de réponse à l'inquiétude des ami.e.s proches ou lointain.e.s pendant les dernières années si pénibles, les traces innombrables qu'il a laissées de ses relations sincères et multiples, son regard de vieil enfant incrédule. Son courage devant la maladie. Je n'avais pas prévu de parler de lui ici et cette irruption me plaît. Pour en savoir plus, je recommande la fréquentation de l'Atelier Bernard Noël , orchestré par Nicole Burle-Martellotto, site où l'oeuvre et les témoignages , les documents d'archives sont recensés en permanence  et commentés par l'immense communauté amicale non réduite à l'espace hexagonal. On peut également approcher sa bibliographie et entendre sa voix sur le site de son éditeur (non principal) P.O.L . Bernard a beaucoup soutenu les petits éditeurs et notamment Fata Morgana. Ses poèmes sont des sentinelles pour moi.

 

BN poèmes 1 001

 

Extrait de poème 1 publié en 1983 chez Flammarion  p.25

 

Je survis à force de racines. La chair aurait déjà coulé

comme une terre grasse, mais les nerfs la retiennent, 

Les nerfs végétatifs. Les autres sont usés. Quelle floraison

blanche autour des os, ave d'épaisses touffes flexibles qui

se nouent, tandis que pâlissent les algues que de longues 

marées viennent plaquer  contre les dernières vertèbres.

L'eau est lourde et amère. Ma soif dévale le canal de la

moelle, roulant tout l'imbuvable qui racornit ma gorge.

Le silence plane entre les épaules et la mer, c'est le

prélude à une nouvelle aspiration des profondeurs. L'oeil

cherche de nouveaux domaines dans la région du coeur; 

mais tout végète. Les orbites ont blanchi. Il n'y a plus ni

paupières ni larmes. Le sang s'est retiré. Les poumons

ne sont que des mottes de bulles. Pourquoi penser ? si

le cerveau venait à s'allumer, il y aurait encore de la

suffocation, puis du vertige et puis la succion interne.

Tout ce calme est un piège. [...]

 

J'aime le relire et en parler. Je retrouve cette note :

« Un écrivain peut faire semblant de tout, mais est-il  encore un écrivain s’il ne tient pas son semblant pour rien ?  N’en va-t-il pas de même de l’amour ? » 

B.N   Le 19 octobre 1977 – textes - Flammarion

Bernard Noël a glissé d’un livre à l’autre, d’un texte à l’autre, d’un mot à l’autre, il a kiffé les dictionnaires, ces livres fous pour fous de sens, il n’a pas pu s’en empêcher. Quand c’était trop dur, il a cessé d’écrire. Du tout au rien. Il a parcouru sa propre pente en souriant.  Il nous laisse tout ou presque. Il a glissé dans la lumière blanche du néant hypothétique, mais son regard est encore visible. Ses yeux n’ont jamais chômé, ils ont glissé d’un visage à l’autre, peut-être d’un mirage à l’autre. Il n’y a pas eu de miracle, tout était déjà contenu dans l’enfance. Le reste n’a été qu’étonnements et  Il a voulu conjuguer tous les pronoms de la langue maternelle. Il a eu du mal avec le «nous», mais il a glissé dans l’amitié avec conviction et  parfois inquiétude (on les perd tous et toutes n’est-ce pas?), il  est parfois tombé de haut, certains mots glissés dans son  oreille ou l’abus de certains silences l’ont blessé, il a archivé, il a glissé hors de l’amertume, il a continué à accueillir la parole de l’Autre, dans le tout-venant, glissant d’une parole à l’autre, d’une écoute à l’autre, quand on aime on ne compte pas... Il n’a pas vu le temps s’écrouler sous la voûte de son crâne, il  disait:

J’écris sur la pente d’une prairie

Attention, tu vas attraper un rhume

je cours

l’air est vide sans danger

tout à coup une buée blanche

trop tard, ma tête dedans

et le rhume dans ma tête

Et moi je glisse d’un paragraphe à l’autre.  Je joue à glisser plus vite. L’exercice m’amuse.

Vous êtes malade

Non, j’étais fou.

C’est une maladie comme une autre.

Je ne m’en plains pas.

La glissade dans les images est une cavalcade. Une chevauchée fantasque. Une glissade dans les mots permet de changer d’air. Ce n’est pas toujours réussi mais ça console un peu de ne rien pouvoir ralentir dans les pensées du jour.

 

*

Semaine 39- Année XXIII - Jeudi 27 Septembre 

 

L'enfant du mercredi vient de repartir à l'école à pied, cartable au dos accompagné de son papy. Le réveil est toujours trop précoce, mais il s'adapte à ce rythme en économisant ses mouvements. Il me fait penser à un petit panda étonné qu'on réveille à tort. Le moment du petit-déjeuner est comme une fenêtre qu'on ouvre lentement, volet par volet, avec la perception de redécouvrir le monde, ne serait-ce que sa proximité. Ce matin, il regarde ses dessins, accrochés au mur, une longue fresque au feutre rouge qui représente une cité imaginaire dont les bâtiments sont tous reliés et où sont répétées des croix qui ne sont pas commentées spontanément. Il n'est pas élevé dans la religion mais l'un de ses meilleurs copains est tombé amoureux de la cathédrale Notre-Dame, ils en parlaient souvent à une époque. Ce qui frappe dans ces dessins de 2020 et 21, c'est la solidarité des bâtiments et l'importance des passerelles. On y voit une sorte de château-fort dont les remparts auraient été dépliés et déposés à plat... Les feuilles en format A4  sont scotchées les unes à côté des autres. Il n'y a plus de place pour en rajouter. C'est un sujet de discussion et d'attendrissement. Les dessins d'enfant sont des trésors qu'on jette généralement un peu trop vite. Les garder longtemps au mur permet de voir passer le temps et de le commenter avec tendresse. On sait qu'un jour, il faudra les enlever... On n'est pas pressé. L'enfant empile des dessins et des centimètres, le voir grandir est émouvant. Son langage est de plus en plus élaboré et ses avis plus tranchés. Quand je me plains parfois de son insolence (encore gentillette), il me dit : - Tu as de la chance mamie, tu verras à 12 ans, ce sera pire... Je réponds qu'il me restera toujours la possibilité de te mettre à la porte, oui mais... gentiment... Grands éclats de rire... Un enfant d'aujourd'hui est un peu différent d'un enfant d'hier dans ma génération qui a connu les trente glorieuses et la prospérité. Le monde autour est plus effrayant et hostile. Le cocon familial et scolaire est percé de menaces que les adultes ne savent pas bien gérer ni accompagner. Les dessins montrent tout cela . Un dessin  sanglant sur la mort de Samuel Paty nous avait particulièrement impressionnés. Longtemps des dessins d'incendie et d'explosion guerrière ont rempli des pages et des pages  avec des systèmes de protection, des sous-marins de plus en plus sophistiqués. Quelques dessins sur le COVID qui montraient le méchant virus et la machine pour le détruire. De petits bonhommes d'allure rudimentaire occupaient chacun des postes précis et la limite entre le dehors et le dedans était bien marquée. Au sortir de l'école maternelle le coloriage est devenu superflu, seules les mises en scène semblaient maintenant compter, et elles étaient très bavardes. Le goût du dessin s'est estompé peu à peu au profit de la lecture qui est devenue permanente et massive. Sur les dessins, le monde des figurines Minecraft relié à la Switch Nintendo a pris le relais - une heure par jour et pas avant de se coucher- Les cartes Pokémon semblent s'éloigner, un plein carton de chaussures au décor remastérisé contient les doubles... Il est temps d'arrêter la collection. La musique est entrée en scène, piano, solfège et déjà les premières improvisations rigolotes ( tant pis pour les voisins ?). L'enfant grandit sous nos regards bienveillants et émerveillés. Un privilège cela aussi. 9 ans déjà, une éternité de tendresse ...

 

La Cité Rouge 2021 APJLa Cité Rouge  (c)

 

Semaine 39- Année XXIII - Vendredi 29 Septembre 

La tenue d'un Journal comme celui-ci ressemble à l'égouttage des pâtes dans une passoire... Il ne faudrait retenir que ce qui se mange des yeux et ne pas trop attendre pour avaler ce qui semble nourrissant. L'eau des mots s'enfuit directement dans les canalisations de la mémoire morte et le filtre de la bonde évite les gros morceaux, heureusement il y en a peu, tu fais attention.

La sensation de gavage vient vite et ça te fait sourire. Changement d'emploi du temps depuis quelques jours. Rééquilibrage. Plus de dedans, moins de dehors. Du temps à soi pour ralentir et vaquer en rêvassant aux gestes  d'une maisonnée ordinaire. Eplucher, sectionner et faire cuire les carottes à la vapeur, les filets de cabillaud à la suite...  Mettre le couvert pour deux. Les tâches bien réparties. Lui la vaisselle chaque matin et un peu de balayage, toi la cuisine et la lessive, lui la bagnole et toi les draps, un peu de repassage et les rangements, en commun les livres, chacun ses piles, sa logique de stockage. Les retrouvailles rituelles matin midi soir. L'indépendance en journée. C'est la vie hors vacances et présences familiales. La présence de l'enfant le mercredi jusqu'au jeudi matin  est un rayon de soleil  qui  ajoute sa lumière à la nôtre. Tu trouves ta vie apaisée depuis que les contraintes professionnelles et parentales n'accélérent plus vos pas. Tu peux respirer plus amplement et élargir tes regards. Tu peux penser ta vie, la calibrer à ta convenance et surtout réfléchir à ce qui te convient ou pas.  Encore un privilège. Tu regardes des émissions documentaires ou littéraires tard, sans aucun souci de réveil imposé le lendemain matin. Curieusement, cela ne change pas ton horaire de lever. Ta grande fatigue des années laborieuses a disparu. Et même si ton corps a perdu de ses capacités motrices, le manque de sommeil n'est plus d'actualité. Tu dors moins longtemps et mieux depuis que les douleurs arthrosiques et diverses sont devenues plus intermittentes et moins invasives. Tu savoures chaque répit. Ta santé est tombée dans l'escarcelle des prescriptions en tout genre, tu fais le tri  là aussi.  

 

 

 

 

 

 

 


ETAT DES YEUX | Automne 2020 | à l'intérieur...

WINFRIED VEIT ATELIER

Winfried VEIT  (c)  Extrait d'Atelier 2020

 

Plusieurs couches d'événements de vie personnelle et collective  avant la note d'aujourd'hui. Comme si évoquer, raconter , flotter mentalement comme j'aime le faire entre la Vie et les Livres était rendu plus difficile, moins prioritaire. Les professionnels de l'écriture , ceux et celles qui en font leur métier et leur combat quotidien me semblent perdu.e.s eux aussi dans leurs innombrables tentatives de visibilité médiatique. Il me faut frayer un chemin entre nécessité et dérisoire utilité d'écrire pour que la trace de mes pensées reste ancrée dans un besoin intime et justifiable. Peu importe le jugement extérieur ou au contraire son impact possible sur ce geste pluriquotidien de laisser des mots et des phrases s'agencer sur une page manuscrite ou virtuelle. Je parle volontiers aux internautes dont les écrits me parviennent sous une forme ou une autre. Je réagis... j'agite des réactions souvent plus affectives qu'intellectuelles , j'aime les enrober, les endimancher de plaisir d'écriture. Le moteur est là... Je cultive mes amitiés d'écriture et de lecture en prenant soin de ne pas trop me disperser, car on le sait d'emblée, "qui trop embrasse mal étreint"... Et en temps de pandémie, on est curieusement assignés à l'éclectisme...  De ce point de vue là, la vie familiale est un bon laboratoire, comment embrasser avec les mots et les gestes retenus...  Je suis passée par des moments contradictoires, entre l'envie impérieuse de cesser toute émission de pensées personnelles et la propension à donner aux autres ce que j'aimerais recevoir : la qualité plus que la quantité, la finesse et l'intelligence plus que les bavardages people. Les intellectuels  et les puissants entre eux ont l'art de la hiérarchie et du clivage entre initiés et non initiés , adoubés et roturiers, méritants et invisibles. Les gens simples de condition modeste  font de même,  et les deux camps s'accusent mutuellement de  renforcer le phénomène. L'entre-soi est ce qui ampute les mains tendues. Quelle main d'écriture ou de dialogue tendre à quelques un.e.s de mes contemporain.e.s ? C'est une question que je me pose chaque jour. J'essaie de ne  pas me forcer ni me culpabiliser. J'essaie d'être sincère et de réfréner mes rancoeurs. Il n'y a qu'en politique que je me dois de me positionner, et j'attends les prochaines élections avec intérêt. J'ai peur des débordements et des outrances des extrêmes. Je sais que la confusion est planétaire et qu'il faut raisonner à partir des possibilités d'apaisement et de confrontations citoyennes à l'échelle d'un quartier , d'une ville. Je veux croire en la force tranquille , à celle des femmes qui veulent se protéger et grandir dans l'autonomie de leurs choix de vie et d'amour, à celle des hommes qui acceptent de les écouter et de partager les tâches pour le bien commun et les générations futures. Toutes les guerres avérées , dont celle du virus, et les conflits potentiels ne sont pas des fatalités, elles ont besoin d'être expliquées sans complaisance et refoulées avec tact hors de nos destins. Je ne suis pas une Retraitée passive, ni active dans le sens de l'instrumentalisation qu'on encourage volontiers dans le bénévolat et le don de temps dont les autres voudraient bénéficier. La vie est courte, à qui  et à quoi dois-je la réserver puisque je suis encore libre de direction ? Cette question posée, je constate que je me tiens volontiers en retrait et en attente de causes sociales non belliqueuses. Je me sens cependant mentalement disponible pour penser avec d'autres, notamment dans le domaine littéraire et poétique , ce qui peut être vécu et encouragé en bas de l'immeuble, pas forcément loin, et dans le lien indéfectible avec les autres humains fraternels de la planète pour tous les genres. Je ne me sens pas idéaliste ni formatée.  Je me sens laïque par conviction et solidaire par obsession.  J'espère que  je le resterai sans tourments jusqu'au bout. 

Aujourd'hui, je pense à mes Ami.e.s plus ou moins proches, écrivains, poètes, peintres,musiciens, comédiens , plasticiens, ceux de la Culture qu'on confine pour des raisons sanitaires. J'attends de leurs  bonnes nouvelles et je les espère résilient.e.s .

Je pense en particulier à mon Ami Winfried Veit et à sa compagne Olga. La raison en est privée et ce tableau la symbolise. 

 

M.T. Peyrin  - 7 Novembre 2020  - 15h30

 


Lorsque l'enfant vient | Adrien | 11 Septembre 2014

 

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ADRIEN

 

Adrien dort, emmailloté à l'ancienne dans une couverture de coton blanc.

Il n'aime pas la lumière trop vive de la chambre mais se rassure au contact du corps maternel.

La naissance a été longue malgré la rupture de la poche des eaux, Adrien n'a pas voulu

répondre instantanément aux injonctions chimiques du comité d'accueil de l'hôpital.

 Plusieurs sage-femmes se sont  succédées et même un sage-homme nous a-t-on raconté ... 

Adrien savait que sa mère et son père l'attendaient fébrilement , mais  il n'était plus pressé.

Avec quinze jours d'avance,

il aurait pu  à terme être plus fort, plus réveillé, plus motivé ,

mais comme sa mère à sa propre naissance,

il a choisi la surprise et le passage plus facile au seuil de la vie bruyante. 

Adrien le petit cosmonaute est arrivé selon la coutume rassurante,

la tête en avant  et n'a pas hésité longtemps à trouver la route du lait.

Apéro au colostrum.

TCHIN  TCHIN  !

Nous on sabre le champagne !

Et la suite paraît aussi facile et naturelle.

Nous , grands-parents maternels pour la première fois,

nageons dans le bonheur et la gratitude 

de vivre tout cela.